Ô ! toi qui bondis, bondis ! Parfois te tords de douleur, Ou suis l'élan créateur, Tu es l'chemin de la vie...
Et si la lune et les étoiles S'enfuient derrière les nuages, T'ouvres toutes les fenêtres, Libre d'air, fonds à leur toile
Et si l'abysse, l'rivage Déchiré, devient l'maître, Te fais le souffre ou l'gel, T'épanches l'encre du temps.
Ô ! toi qui bondis, bondis ! Est toujours à fleur de sens, Au soleil déploies les ailes, Fais valser le rougeoyant...
Et si les vannes soupirent Des larmes, rongeant le rêve, Au seuil d'la nuit, à l'immense T'ouvres les cieux d'un sourire
Et si l'embrasée s'achève, Uses une bulle, n'oublies L'étincelle pour suivante, L'rythme de ta symphonie
Ô ! toi qui bondis, bondis ! Forges les âmes aimantes, Rapproches, unies, fusionnes, Chantes la beauté d'la fleur, Tu es, sans cesse t'passionnes, Combustible du bonheur.
À table, l'autre jour, un réseau de guipure, Comme un filet d'argent sur un marbre jeté, De votre sein, voilant à demi la beauté, Montrait, sous sa blancheur, une blancheur plus pure.
Vous trôniez parmi nous, radieuse figure, Et le baiser du soir, d'un faible azur teinté, Comme au contour d'un fruit la fleur du velouté, Glissait sur votre épaule en mince découpure.
Mais la lampe allumée et se mêlant au jeu, Posait un baiser rose auprès du baiser bleu : Tel brille au clair de lune un feu dans de l'albâtre.
À ce charmant tableau, je me disais, rêveur, Jaloux du reflet rose et du reflet bleuâtre : " Ô trop heureux reflets, s'ils savaient leur bonheur ! "
Tout poudroie au soleil, l'air sent bon le printemps. Les femmes vont au Bois sous leurs ombrelles claires. Chiens, bourgeois et voyous, chacun a ses affaires. Tout marche. Les chevaux de fiacre « ont vingt ans ».
Dans les jardins publics Guignol parle aux enfants Aux tremblants crescendos des concerts militaires Que viennent écouter de jaunes poitrinaires Frissonnant aux éclats des cuivres triomphants.
Aux magasins flambants les commis font l'article, Derrière les comptoirs des hommes á l'air fin Pour vérifier un compte ont chaussé leur bésicle,
Chacun trime, rit, flâne ou pleure, vit enfin! Seul, j'erre à travers tout, la lèvre appesantie Comme d'une nausée immense de la vie.